Test

Horizon : Forbidden West – Test – PlayStation 5

9 mn de lecture
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image playstation 5 horizon forbidden west
  • Horizon : Forbidden West
  • Disponible sur : PlayStation 5, PlayStation 4
  • Développé par : Guerrilla Games
  • Edité par : Sony Interactive Entertainment
  • Sortie le : 18 février 2022
  • Genre : Action, Monde ouvert
  • pegi16

Horizon : Forbidden West, pas vraiment la suite attendue

Paru en 2017, voilà donc déjà cinq ans (comme le temps passe !), Horizon : Zero Dawn fut l’une des nouvelles licences exclusives les plus en vue de la précédente génération. Le jeu de Guerrilla Games, jusqu’ici surtout connu pour leurs Killzone de qualité fluctuante, a fait l’effet d’une bombe, notamment grâce à un univers entre le post-apocalyptique et la pure science-fiction. Mais, entre nous, certains regrets ne permettaient pas au titre de se hisser parmi les trois meilleurs titres du millésime en question, tant Persona 5, NieR Automata, Prey ou Super Mario Odyssey présentaient de bien meilleurs résultats ludiques. En cause, un gameplay pas toujours agréable, une histoire banale, des personnages pas toujours bien écrits et quelques bugs d’affichage assez grotesques. Il fallait donc que la suite, Horizon : Forbidden West, gomme non seulement ces défauts, mais aussi aille plus loin dans le monde ouvert proposé. Est-ce le cas ? Contrairement à tout ce qu’on a pu lire, voir ou entendre, pas vraiment.

L’intrigue d’Horizon : Forbidden West s’installe quelques six mois après celle de Zero Dawn, et de son extension The Frozen Wilds. Aussi, pour faire le lien, sachez qu’un comics est paru chez Mana Books, et ce dernier est particulièrement recommandé aux fans de la licence. Parenthèse refermée. On retrouve donc Aloy, plus énervée que jamais, alors qu’elle reste alerte après avoir bataillé sec contre la maléfique intelligence artificielle HADES. Seulement voilà, notre rouquine colérique va devoir faire face à une nouvelle forme de la menace, car Sylens, un personnage important du précédent opus, a libéré une partie du virus, lequel a provoqué l’apparition de la Nielle, une plante rouge qu’on n’a pas envie de rencontrer pendant nos longues randonnées tant sa toxicité provoque des dégâts. Afin de sauver le monde, Aloy va devoir froncer les sourcils, combattre le patriarcat (?) et surtout partir vers l’Ouest, une région tenue par des tribus sur-armés mais aussi parcourues par d’immenses bêbêtes mécaniques.

Quand on s’est lancé dans Horizon : Forbidden West, la peur nous a rapidement rejoint. Peur de faire face à la nouvelle politique éthique de Sony Interactive Entertainment qui, certes, ne fait que suivre le mouvement (voir la censure opérée chez Square Enix, dans Final Fantasy VI Pixel Remaster), mais se trouve en être l’un des acteurs les plus zélés. Et patatras, les premières heures nous ont donné raison. Alors, votre dévoué serviteur se disait que le problème venait de lui, de sa propension à faire un peu trop attention à ces détails. Aloy avait beau être insupportable dans ces premières heures, sorte de rocher surjouant l’insensibilité sans que ce ne soit cohérent avec la fin de Zero Dawn, il fallait passer outre. On avait donc du mal à aborder cette problématique, car il y en a une, de la tonalité de ce début de suite. Puis, avec le temps, les langues se sont déliées, et même l’un des Youtubers les plus en vue des Internets, Julien Chièze (pas connu pour sa conscience à ce niveau), en a parlé : oui, on a du mal à se projeter dans la peau d’un personnage qui, très clairement, déteste tous les hommes qu’elle rencontre. Guerrilla Games a beau essayer de justifier ce « point de vue politique », on est dans le discours désormais très décrié (notamment par votre humble serviteur) de l’homme -surtout Blanc- qu’il faut combattre. Une guerre des sexes sans aucun sens quand elle est à ce stade d’essentialisme. Mais chut, on va surtout ne pas trop contrarier les tenants de cette idéologie, n’est-ce pas ?

Nous voilà donc dans de beaux draps avec cet Horizon : Forbidden West, qui débute sur des chapeaux de roues politiques. On était là pour se prendre une claque ludique, on se mange un programme idéologique bien occidental, tout ce qu’on ne supporte plus dans le jeu vidéo actuel. Est-ce cela qui provoque le si petit pourcentage de joueurs ayant terminé l’aventure ? Pas uniquement, mais cet élément en fait partie, les retours en ce sens sont nombreux et, pour ainsi dire, on a aussi eu du mal à aller jusqu’au bout pour cette raison. Même si, il faut bien l’écrire, les choses se calment avec la seconde moitié de l’histoire, un peu plus agréable à suivre, comme par hasard quand Aloy se fait un peu moins bornée dans sa complainte anti-hommes. Comme si un nouveau scénariste avait soudainement pris possession du script. On ne s’en plaint pas, mais avouons que cela apporte aussi une sorte de dichotomie ne faisant qu’ajouter à notre perplexité face au récit. Celui-ci a décidément bien du mal à nous embarquer, enchainant les situations convenues et les rebondissements prévisibles à des kilomètres. C’est donc une première déception : Aloy ne parvient toujours pas à se rendre mémorable. Et pire : avec cette première moitié d’histoire, elle devient carrément détestable.

Gros univers, mais petite exploration

image gameplay horizon forbidden west

L’ailegide est une bonne idée, mais peu utile.

Pourtant, on a envie de l’aimer cet univers. Celui-ci sait se faire aussi mystérieux que cohérent, avec des endroits qui rappelleront forcément des villes américaines actuelles. On n’en écrira pas plus à ce sujet, tant il paraît nécessaire de laisser le plaisir de la surprise aux joueurs, mais sachez que oui, Horizon : Forbidden West parvient à nous faire croire en son monde, ce qui n’était pas toujours le cas d’un premier épisode dont les événements sont heureusement résumés en début de parcours. D’ailleurs, l’on conseille tout de même d’avoir terminé ce dernier avant de débuter sa suite, car c’est ainsi que l’on comprendra mieux certains personnages secondaires, mais aussi des clins d’œil au cours de missions annexes toutes écrites avec soin. Voilà sans aucun doute l’une des deux plus grandes satisfactions laissées par cette expérience : le monde ouvert est parsemé de points d’intérêt, de choses à faire, avec presque toujours un intérêt pour l’histoire. Le territoire n’est pas très étendu, il est juste un peu plus grand que celui de Zero Dawn, ce qui permet aux développeurs de livrer des zones bien détaillées, avec ce qu’il faut de particularités dans les environnements

Par contre, on ne peut que rouspéter contre l’absence de récompense quand on part en vadrouille. C’est ce qui fait la différence entre un monde ouvert au profit d’un game design sans génie, avant tout produit pour la claque technique, et celui pensé pour un Elden Ring, par exemple. On a l’impression de voir des choses, mais pas d’en tirer profit. Ainsi, oui, c’est impressionnant de découvrir les vestiges de notre civilisation, mais rien ne vient compléter cela par un intérêt ludique. Grossière erreur car, au bout de quelques heures, l’envie d’avoir envie disparaît, et l’on se focalise sur le cheminement plus que sur ce qui se passe autour. En ce sens, Horizon : Forbidden West est l’exemple typique du soft vitrine alléchant, mais dont le magasin ne propose pas grand chose pour passer à la caisse. Un musée, donc, invitant plus à la promenade qu’à l’investissement. Et tant mieux en fait, car Guerrilla Games n’a pas vraiment travaillé certaines nouveautés pourtant attendues. Par exemple, on se disait que l’escalade allait être le bon moment afin de rejoindre ce sentiment de liberté imprégné dans un The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Hélas, la comparaison avec le bijou de Nintendo est toujours aussi cruelle : Aloy ne peut que s’accrocher à des points précis, de plus visibles en déclenchant le focus environnemental. C’est donc aussi téléguidé, scripté, que dans un Uncharted. Et même un peu moins précis…

Aussi, on a beaucoup trop ressenti la structure rectiligne du monde ouvert, et sa tendance à nous ramener vers la map. Ce sentiment de GPS ne nous a pas quitté de bout en bout d’Horizon : Forbidden West. L’on ne ressent pas ce besoin de nous perdre dans le territoire, on doit tout le temps faire quelque chose et pas découvrir cette chose. Bref, l’on formule exactement le même regret que pour Red Dead Redemption 2 : à quoi bon nous donner un outil pensé pour la liberté si ce n’est pas pour en profiter ? Imagine-t-on un marteau créé pour manger de la purée ? Cela n’a aucun sens. Fort de cette constatation, on ne peut que la répliquer pour la nage, très mise en avant pendant la phase de communication mais surtout prétexte à un nouveau bestiaire (et à une caméra parfois très lourde). Ou encore pour l’ailegide, une aile volante rappelant immédiatement le paravoile de Breath of the Wild (encore lui), mais en infiniment moins bien exploité par le level design, le besoin de rejoindre certaines zones inaccessibles étant très limité. Seule nouveauté véritablement intéressante : l’accrocheur, sorte de grappin-harpon, dont l’utilité dépasse amplement l’exploration pour atteindre aussi les combats.

C’est beau, mais c’est un peu ennuyant hors combats

image test horizon forbidden west

Les combarts sont meilleurs que dans Zero Dawn.

Les batailles justement, étaient particulièrement attendues au tournant, tant celles du premier opus combinaient bonnes idées et imprécisions. Horizon : Forbidden West se comporte mieux à ce niveau. Le système de combat est plus équilibré entre discrétion et offensives plus énergiques, on félicite Guerrilla Games pour cela. Sans aller trop loin dans les détails, car les joutes représentent l’intérêt ludique le plus poussé de l’expérience, sachez que l’intelligence artificielle est au centre du trip. Chacune des machine croisé intimera au joueur le besoin de s’adapter, de prendre en compte l’environnement selon ses besoins. C’est là qu’intervient notamment l’accrocheur, et son apport dans la verticalité : Aloy devra parfois prendre de la hauteur pour mieux dominer ses ennemis. Lesquels ont, en plus, la possibilité de tout remettre en question grâce à leur puissance, en détruisant des parties du décor dans un fatras impressionnant, jubilatoire. Plusieurs fois, l’on a halluciné devant le dynamisme de ces phases, lesquelles nous poussent constamment à rester sur la brèche. Alors certes, c’est toujours trop long que de penser à poser des pièges, et trop punitif que de louper ceux-ci (signalons différentes difficulté, d’Histoire à Expert, une bonne chose). Mais Aloy passe son temps à progresser, à se construire des objets grâce à un système de craft bien fichu. Et la phase d’apprentissage, via didacticiel, est assez soignée pour que l’on se sente tout de même en maitrise. On a aussi droit à un arbre de compétences, lequel distille une petite impression de RPG bienvenue et surtout un sentiment d’évolution constant.

Horizon : Forbidden West loupe donc le coche de l’histoire et de l’exploration, mais se comporte mieux en combat. Et la durée de vie alors ? Eh bien, elle reste tout à fait satisfaisante, sans non plus être impressionnante pour une production de cette allure. On est, par exemple, bien loin du contenu d’un Elden Ring, et encore bien plus éloigné d’un Breath of the Wild (toujours lui). Ce qui, au passage, a bien du mal à expliquer le pourcentage si faible de joueurs ayant bouclé l’aventure un mois après la sortie du jeu. En effet, l‘aventure principale se boucle en une trentaine d’heures, et il faut doubler ce chiffre afin d’atteindre le 100%. Avouez qu’on a déjà vu plus costaud ! Informons les amateurs de endgame d’envergure que celui du jeu est plutôt intéressant, donc n’hésitez surtout pas à relancer le titre après en avoir vu la fin. Celle-ci, d’ailleurs, parlons-en. Ne vous inquiétez pas : aucun spoiler sur le récit. Mais quelle déception dans son traitement : elle intervient de manière abrupte, sans véritable préparation dramatique, et l’on sent bien qu’elle ouvre la voie à une extension destinée à la compléter.

Enfin, abordons ce qui a fait couler tellement d’encre et de paroles, la technique d’Horizon : Forbidden West. Sans revenir sur le retournement de veste de Sony Interactive Entertainement concernant la politique d’exclusivité PlayStation 5, on se demande si la version PS4 n’a pas un peu nivelé le résultat vers le bas. Entendons-nous bien : le soft est parfois sublime. Et même mieux, il est encore plus beau que dans les premiers trailers, ce qui est assez rare pour être souligné. Par contre, il est indéniable que Guerrilla Games a livré un jeu bugué, que même la tripotée de récentes mise à jour, très efficaces, ont bien du mal à réparer. On a encore des validations de quêtes qui déconnent, des bugs d’affichage et de collision. Un monde ouvert est toujours victime de ce genre de choses, mais c’est tout de même regrettable pour un titre qui se veut le porte-étendard visuel de la PlayStation 5. Mais bon, il serait incroyablement malhonnête de s’arrêter sur ces faits et de ne pas souligner le titanesque travail sur les lumières (les couchers de soleil sont saisissants, les plus beaux à ce jour), ou encore sur les impressionnantes animations. Les mouvements de la flore, des cheveux d’Aloy, tout donne le vertige sur ce point. Pour bien en profiter, Guerrilla Games a pensé à un mode Photo hyper réjouissant, on y passe énormément de temps. La direction artistique est, elle aussi, de très belle facture, avec un gros travail sur le contraste, et une cohérence sans faille dans tous les domaines. Quant à l’exploitation de la DualSense, elle est plutôt bonne mais sans grandes idées. On n’est pas réellement surpris par le rendu de l’arc par exemple, même si l’on adore l’effet de résistance. Disons que c’est moins frappant que dans un Gran Turismo 7, ou un Ratchet And Clank : Rift Apart. Les musiques, quant à elles, accompagnent bien les situations, même s’il manque toujours un thème principal immédiatement reconnaissable. Et le travail de doublage se fait très soigné.

Conclusion

Tout en atteignant un niveau objectivement bon, Horizon : Forbidden West ne parvient pas à gommer les défauts de son ainé et, pire, en développe certains. Ce qui en fait un jeu satisfaisant, sans nul doute, mais pas au niveau que l’on attendait. En cause, une histoire convenue, des personnages énervants, un discours idéologique prégnant, une exploration pauvre. Oui, les combats se révèlent meilleurs, plus dynamiques et spectaculaire grâce à un gros travail sur l’intelligence artificielle. Et, visuellement, le résultat se fait de qualité, non sans éviter certains bugs. Mais tout de même, on ne peut s’empêcher de ressentir de la déception alors que débute le générique, et l’on ne doute pas que le soft s’oubliera assez rapidement au profit d’autres sorties autrement plus marquantes, avec des avatars bien plus agréables à incarner.

14 /20
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