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Seiken Densetsu : la série des Mana fête ses trente ans

19 mn de lecture
  • Jeu.x abordé.s : Mystic Quest, Secret of Mana, Trials of Mana...
  • Développeur.s : Square, Brownie Brown, Nex Entertainment...
  • Editeur.s : Squaresoft, Sunsoft, Nintendo...

Seiken Densetsu : la légende de l’épée sacrée atteint la trentaine !

Cet article revient sur la légendaire saga Seiken Densetsu, plus connue en France comme la série des Mana depuis son deuxième épisode sur Super Nintendo. Une série de jeux mythique, ayant atteint des sommets de qualité en voulant défier The Legend of Zelda sur son propre terrain. Ayant connu une période sombre pendant une bonne dizaine d’années, elle revit dernièrement grâce aux remakes de ses premiers épisodes.

Date de sortie : 28 juin 1991 (Japon), novembre 1991 (États-Unis), 17 juin 1993 (France)image game boy seiken densetsu
Développeur : Squaresoft
Concepteur : Kōichi Ishii
Genre : Action-RPG
Nationalité : Japon
Compositeur : Kenji Itō
Console : Game Boy

 

Les origines de la légende

image mystic quest seiken densetsu

Trois noms différents pour un même jeu : pas facile de s’y retrouver !

Il y a 30 ans débutait une des sagas les plus merveilleuses de l’histoire du jeu vidéo. Plus connue en Occident comme la série des Mana, le tout premier Seiken Densetsu sort le 28 juin 1991 par l’intermédiaire de Squaresoft. L’objectif de l’éditeur de Final Fantasy est simple : concurrencer The Legend of Zelda en créant son propre Action-RPG, dans la lignée d’un certain Ys The Vanished Omens. Alors même que la saga de Nintendo ne comporte que deux épisodes, Seiken Densetsu est dans un premier temps prévu sur Famicom Disk System avec « The Emergence of Excalibur » comme sous-titre. Il sort finalement sur Game Boy, sous-titré « Final Fantasy Gaiden » au Japon, tandis qu’il est connu aux États-Unis sous le nom de Final Fantasy Adventure.

Cet héritage de la saga phare de Squaresoft se retrouve dans le système de points d’expérience, les équipements, les magies, un scénario digne des meilleures références de l’heroic-fantasy ou encore la présence d’un Mog et d’un Chocobo. En Europe, le jeu arrive deux ans plus tard et est renommé Mystic Quest. À ne (surtout pas) confondre avec le Mystic Quest Legend de la Super Nintendo, autre spin-off de la saga pensé pour le marché occidental et connu sous le nom de Final Fantasy Mystic Quest en Amérique du Nord. Il était à l’époque courant que Squaresoft réutilise le nom de sa série pour des raisons commerciales, comme ce fut le cas pour Makai Toshi SaGa sur Game Boy, renommé Final Fantasy Legend en Occident.

Le scénario du jeu prend place dans un univers merveilleux surplombé par l’Arbre Mana, duquel jaillit la cascade source de toute vie. Le joueur y incarne un jeune esclave du nom de Sumo. Il combat chaque jour pour le bon plaisir de Roi Noir, despote qui cherche un moyen de puiser l’énergie Mana afin de renforcer son influence sur le monde. Et ce aux côtés de son sous-fifre Julius. Mystic Quest rappelle fortement le premier The Legend of Zelda dans le level design de ses donjons et de sa map, bien que la progression soit bien plus linéaire. Le jeu se démarque rapidement par son gameplay accessible et ses magnifiques compositions musicales qui respirent l’aventure. Combattant à l’épée, le héros affronte un bestiaire caractéristique (à commencer par le Liévro qui deviendra la mascotte de la série) et obtient plusieurs armes et magies tout au long du jeu. Les armes et armures sont évidemment de la partie, tandis que les ennemis peuvent laisser des objets dans des coffres. Parfois accompagné d’un allié, le héros peut aussi utiliser une arme pour se frayer un chemin, comme la hache qui coupe le bois, la chaîne qui s’agrippe à un poteau au-delà du vide et la faucille qui déblaie certains obstacles.

Les niveaux montent assez vite et Mystic Quest octroie la possibilité de choisir quelle caractéristique augmenter en priorité entre la force, la résistance, la sagesse et la volonté. Une barre d’énergie se remplit doucement tant que Sumo n’attaque pas pour laisser place à un coup plus puissant une fois pleine. D’abord très lente, elle devient de plus en plus rapide à se remplir au fil des niveaux et se dévoile comme précurseur de la jauge ATB initiée par Final Fantasy IV, sorti le mois suivant. Au-delà des donjons au level design daté, la carte du monde constitue un des plus gros points forts avec zones nombreuses et variées. La trame scénaristique est bien construite grâce à des dialogues qui laissent transparaître les sentiments des personnages, et à des moments forts qui ont marqué toute une génération de joueurs. Le thème du bras droit qui prend le dessus sur son chef se dévoile tandis que les musiques s’intensifient à l’arrivée du dénouement final. Malgré quelques défauts, Mystic Quest demeure un des meilleurs jeux de la Game Boy. Il a l’immense mérite d’avoir su débuter une des sagas les plus qualitatives de l’histoire du RPG, qui a connu un grand chef-d’œuvre dès son deuxième épisode.

 

Seiken Densetsu dans les méandres de Chrono Trigger

image secret of mana seiken densetsu

Tel le reflux des marées, l’histoire se répète inlassablement…

Après la fin du développement de Final Fantasy III en 1990, Final Fantasy IV est à l’origine pensé pour être un Action-RPG à destination de la Famicom avant d’embrayer sur un nouvel épisode principal pour la future Super Famicom. Rapidement annulé, il devient finalement le Final Fantasy IV que l’on connaît. L’idée d’un Action-RPG continue toutefois d’émerger, et son développement commence avec comme nom de projet « Chrono Trigger » pour la sortie du périphérique PlayStation de la Super Nintendo. Fruit du partenariat entre Nintendo et Sony, l’appareil est finalement annulé suite au coup de théâtre du CES de Chicago en 1991. Le projet Chrono Trigger est alors avorté et c’est de ses ruines que naît Seiken Densetsu 2, connu en Occident sous le nom de Secret of Mana, et non Final Fantasy Adventure 2 car son univers s’en émancipe largement. Le véritable Chrono Trigger sortira bien plus tard en reprenant une bonne partie du projet d’origine, jusqu’à son casting comprenant Yuri Horii (créateur de Dragon Quest) et Akira Toriyama (papa de Dragon Ball).

Sorti le 6 août 1993, Secret of Mana approfondit très largement l’univers féérique inauguré par Mystic Quest. S’il ne reste qu’un RPG parmi d’autres sur le marché japonais, son impact est bien plus important en Europe, tant le genre y est peu répandu. Le titre propose en effet un nouveau scénario bercé par la mythologie de l’Arbre, source de toute vie. Il se fait puiser son énergie par un empire malveillant, tout cela auréolé de la légende d’un héros qui aurait sauvé le monde grâce à l’épée sacrée. Dénommé Randy, il est rapidement rejoint par Purim, une jeune fille au caractère bien trempé à la recherche de son bien-aimé Tom, ainsi que par Popoï, un petit elfe amnésique à la recherche de ses origines. Une des grandes forces du jeu qui a contribué à son succès réside dans sa possibilité de jouer jusqu’à trois en contrôlant chaque personnage simultanément.

Secret of Mana arbore un level design bien plus abouti que celui de son prédécesseur avec une certaine liberté sur la première partie de la carte, promettant d’emblée une recherche intéressante à la difficulté progressive. Le menu des personnages est matérialisé sous la forme d’anneaux que l’on parcourt autour de chacun d’entre eux. Ergonomique et agréable à parcourir, il propose un anneau pour les objets, un pour les options, un pour les armes et un autre pour les magies. Au nombre de huit, ces dernières sont représentées par des esprits élémentaires octroyant de nombreux sorts. Le système de niveaux enrichit considérablement le gameplay, les armes évoluant tout au long de l’aventure. En héritage de la jauge Active Time Battle inaugurée par Final Fantasy IV, le système de combat a été pensé pour que le joueur ne puisse pas attaquer un ennemi avec plusieurs coups forts à la suite. Dès qu’une attaque est portée, il faut attendre quelques secondes qu’une jauge monte à 100% pour redonner un coup puissant.

Tout aussi riche au niveau de ses équipements, de ses lieux emblématiques et de son bestiaire reconnaissable entre mille, Secret of Mana propose² également une traduction passionnée quoi que parfois légère de Véronique Chantel. La musique d’introduction « Fear of the Heavens » éveille puissamment la nostalgie des joueurs des années 1990 par sa mélodie d’un sublime rarement atteint, l’OST du jeu s’imposant comme une des plus éclatantes de toute l’histoire du jeu vidéo. Le jeu intègre même plusieurs concepts originaux, comme le voyage canon en guise de moyen de transport, et le dragon Flammy qui fait office d’aéronef. Si les boss se montrent impressionnants, les antagonistes sont composés des charismatiques vassaux de l’Empereur Vandale, à commencer par le redoutable Thanatos, qui n’est pas sans rappeler Julius de Mystic Quest.

Porté fin 2010 sur iOS et quatre ans plus tard sur Android, le jeu obtient quelques modifications graphiques et une traduction plus claire, mais aussi une jouabilité tactile qui peut s’avérer laborieuse et des ennemis dont le nom perd fortement en charme. Nombreux sont les RPG à avoir marqué l’époque de la Super Nintendo par la qualité de leurs univers et de leurs gameplays. Si Secret of Mana est pratiquement exempt de quêtes annexes et ne possède pas un scénario aussi détaillé que des monuments tels que Final Fantasy VI et Chrono Trigger, il constitue un RPG de légende parsemé de musiques mémorables et pourvu d’un charme unique. Notamment en Europe, où il a marqué toute une génération de joueurs.

 

Le jeu de tous les fantasmes

image colection seiken densetsu

Souvent appelé « Secret of Mana 2 » en Europe, Seiken Densetsu 3 fait partie de ces jeux dont l’inaccessibilité provoquait une envie irrésistible d’y jouer dans les années 90.

Suite au grand succès de Secret of Mana au Japon, Seiken Densetsu devient la troisième série phare de Squaresoft, aux côtés de SaGa et Final Fantasy. Un nouvel épisode est alors mis en chantier à destination d’une Super Famicom en fin de vie. Les ventes de jeux Squaresoft étant bien en-deçà des attentes en Occident, Seiken Densetsu 3 reste une exclusivité japonaise, faisant ainsi baver les joueurs outre-Atlantique, qui imaginent un Secret of Mana sublimé, en dévorant ses graphismes à la pointe dans les screeshots des magazines. Sorti le 30 septembre 1995, il propose d’emblée de choisir trois personnages parmi les six disponibles, chacun ayant ses caractéristiques propres, du guerrier au mage en passant pat le voleur. En plus de cela, l’avant-dernier donjon et le boss final varient selon le trio choisi jusqu’à trois possibilités.

Le système de combat y est étrangement moins abouti : les héros dégainent leurs armes dès l’approche d’un ennemi et les rangent une fois la zone nettoyée. Le chargement des armes disparaît au profit de la possibilité de rouer les ennemis de coups. Si exécuter des combos sur les ennemis comme dans un bon beat’em up reste agréable, les combats perdent en stratégie et le système occulte l’augmentation des armes via la forge ainsi que la jauge ATB, qui obligeait à attendre un peu avant de donner un coup puissant. Simpliste, la quête consiste essentiellement à trouver les huit pierres Mana afin de récupérer les esprits bien connus, sans qu’aucun événement vienne perturber le scénario. Chaque esprit ne procure d’ailleurs qu’une seule magie de base et mis à part le soin et quelques attaques élémentaires contre certains boss, elles ne sont pas très utiles et s’enchaînent d’une manière assez peu dynamique. Leur efficacité peut cependant varier selon leur indice de puissance dans un cycle jour nuit.

Une évolution bienvenue est le changement de classe, qui octroie des pouvoirs différents aux héros selon qu’ils choisissent lumière ou ténèbres, offrant ainsi davantage de rejouabilité. Le jeu reste cependant très orienté action et les donjons se montrent rapidement répétitifs dans la dernière partie du jeu. Un bon point est son incitation à combattre les boss avec les armes au détriment des magies, qui peuvent vite devenir surpuissantes dans Secret of Mana. S’il est loin d’être si exceptionnel que ce que les joueurs pouvaient imaginer dans les années 90, Seiken Densetsu 3 reste un très bon jeu grâce à ses apports et à son univers enchanteur. La demande d’une sortie occidentale demeurait tellement forte que le jeu finit par être compilé avec ses prédécesseurs dans une Collection of Mana parue le 11 juin 2019, profitant enfin d’une traduction française officielle et d’un nouveau titre raccord avec ses confrères : Trials of Mana.

 

Square of America contre-attaque !

image secret of evermore seiken densetsu

Une jaquette qui claque. Et ce n’est que le premier boss !

Tandis que les joueurs occidentaux sont attristés de ne pouvoir toucher au nouveau jeu de leur saga fétiche, la branche américaine de Squaresoft sort contre toute attente un nouveau titre justement adapté pour le public occidental. Paru le 1er octobre 1995 (soit le lendemain de Seiken Densetsu 3), Secret of Evermore passe pour une suite de Secret of Mana en Europe étant donné qu’il en reprend le système de jeu et le packaging pourvu d’un guide stratégique. Un véritable tour de force pour un spin-off très largement à la hauteur de son modèle ! Le joueur y incarne un adolescent et son chien, transportés par inadvertance dans un univers artificiel composé de différentes époques, procédé non sans rappeler Chrono Trigger. Un véritable dépaysement allant de la Préhistoire à un futur hautement technologique, en passant par l’Antiquité et le Moyen-Âge.

D’abord armé d’un simple fémur, le héros se constitue un arsenal avec une série de haches, de lances et d’épées pouvant être chargées jusqu’à deux niveaux après amélioration. Les magies classiques laissent place à un génialissime système d’alchimie, dans lequel chaque sort nécessite un certain nombre d’ingrédients, tels que de l’eau, de l’huile, de l’argile et des racines. Il est possible de switcher entre le héros et le chien, ce dernier s’avérant utile pour repérer les ingrédients et sa race variant selon l’époque à laquelle il se trouve. En plus de cela, des personnages clé du scénario donnent au héros des chapelets magiques, utilisables en nombre limité. Secret of Evermore vaut aussi fortement pour ses situations originales comme l’exploration d’un volcan, la traversée d’un désert à bord d’une barque dirigée par un squelette, le troc de marchandises dans un marché, la collaboration avec le chien dans la pyramide et la traversée d’une forêt aux multiples chemins.

Le scénario se veut mature dès ses débuts et l’atmosphère générale renforce profondément l’immersion et l’envie d’en découvrir davantage. Graphiquement abouti, le jeu voit son univers sublimé par les musiques de Jeremy Soule, la qualité des bruitages offrant une ambiance particulière à de nombreux passages. Sorti alors que les consoles 32 bits étaient déjà là, boudé par une partie des joueurs de l’époque, méconnu par certains et souvent oublié aujourd’hui, Secret of Evermore reste un petit chef-d’œuvre incontournable pour tout amateur d’Action-RPG et de science-fiction. Il offre une brillante alternative à Secret of Mana, avec lequel il s’impose comme un des meilleurs jeux de la Super Nintendo.

 

The Legend will never die

image dossier legend of mana

Éblouissant de bout en bout, Legend of Mana est également considéré comme un spin-off bien qu’il conserve la direction artistique de la saga.

Depuis l’immense succès de Final Fantasy VII en Occident, Square s’émancipe en sortant de nombreux jeux de qualité allant bien au-delà du RPG classique. De Xenogears à Final Fantasy Tactics en passant par Einhänder, la firme cherche également à poursuivre ses séries phare : c’est ainsi que naissent SaGa Frontier et Chrono Cross. Autant de jeux qui font les beaux jours de la PlayStation, Square mettant aussi l’accent sur les cinématiques en images de synthèse, bien trop coûteux à stocker sur une cartouche Nintendo 64. D’abord pensé en full 3D, Legend of Mana arrive le 15 juillet 1999 dans une 2D éblouissante n’ayant rien à envier à ses prédécesseurs. Sorti l’année suivante aux États-Unis, il ne paraît officiellement en Europe qu’en 2021 sur Switch, PlayStation 4 et Steam, avec une traduction française enfin officielle.

Legend of Mana s’impose d’emblée comme un des jeux les plus enchanteurs de la machine grâce à une direction artistique à couper le souffle et à des musiques d’une beauté sans pareille par la talentueuse Yoko Shimomura (connue pour ses compositions sur Street Fighter II, Live A Live, Tobal et Parasite Eve). Le scénario est assez difficile à suivre car contrairement aux RPG classiques, les événements ne sont pas racontés de manière linéaire. Le joueur est en effet amené à reconstruire le monde en plaçant des reliques sur la carte pour faire réapparaître villes et donjons avant de les explorer. Non sans rappeler l’excellent Soul Blazer d’Enix, ces reliques représentent le lieu qu’elles vont faire renaître : on trouve par exemple une boîte aux lettres à l’ancienne pour la maison du héros, une lampe à lucioles pour la ville nocturne de Lumina, une poupée cassée pour la décharge de jouets et une cuillère frémissante pour les Enfers.

Dans la droite lignée de Trials of Mana, le jeu opte pour un système de combat sans temps de recharge, avec les ennemis visibles à l’écran et l’affrontement qui s’engage quand on les approche. Il reste possible de forger les armes grâce à l’atelier de Watts, moyennant quelques matériaux ainsi que des légumes mixant leur nom avec des objets ou des animaux, comme la couronnail, la manguéléphant et le chabricot. Une des singularités du titre est qu’en retournant dans certaines zones, il est possible de trouver des œufs de monstre renfermant des créatures qui peuvent évoluer en accompagnent le héros, bien que leur utilité soit assez limitée. Le principal défaut de Legend of Mana vient néanmoins de sa narration inhabituelle, qui offre une liberté très agréable au joueur mais sans être claire sur la marche à suivre pour continuer l’aventure. Ce qui complique fortement la tâche pour obtenir les dernières reliques. Il reste toutefois un RPG de choix sur PlayStation, emblématique d’une période où de magnifiques jeux 2D rivalisaient largement avec les jeux en 3D.

 

Retour aux sources sur console portable

image seiken densetsu sword of mana

Le retour de Mystic Quest avec la direction artistique resplendissante de la saga !

Tandis que les ventes de la saga restent confidentielles face à la concurrence, Squaresoft se met dans une situation financière délicate après l’échec cuisant de Final Fantasy : les Créatures de l’Esprit au cinéma. C’est ainsi que l’entreprise devint Square Enix, en fusionnant avec son rival de toujours. La Game Boy Advance paraissant la même année, d’anciens développeurs de Square sont réunis par Nintendo pour composer le studio Bownie Brown, chargé de créer un nouvel épisode pour sa console portable. Intitulé Shinyaku Seiken Densetsu au Japon et Sword of Mana en Occident, il a la particularité d’être un remake de l’épisode fondateur de la saga pour mieux prendre son indépendance sur Final Fantasy en s’affranchissant de références comme le Chocobo et la transformation en Mog. Sorti le 29 août 2003, il dépasse même les frontières de l’Europe l’année suivante, une aubaine après deux épisodes restés Outre-Atlantique. Visuellement très proche de Trials of Mana, il comporte des remix musicaux de grande qualité malgré la faiblesse du processeur sonore de la machine. Certains noms sont également modernisés : c’est notamment le cas de Roi Noir, qui devient ici le Chevalier Noir, avec une identité fort intéressante cachée derrière son masque.

Le système de jeu met de côté ce qui faisait le charme de Mystic Quest. Il reprend les armes classiques de la série en plus des huit esprits magiques, ces derniers étant malheureusement sous-exploités. Si le joueur peut toujours donner plusieurs coups à la suite sans la moindre jauge ATB, frapper un ennemi augmente une barre permettant d’utiliser une attaque spéciale. Le level-design se veut quant à lui plus ingénieux, avec des donjons moins labyrinthiques. La map ressemble néanmoins davantage à une accumulation de zones : on perd ainsi le sentiment de liberté très agréable de Mystic Quest mais on retrouve quelque peu le charme de Secret of Mana avec un thème principal mythique et des panneaux indiquant les différents lieux de l’aventure. On retrouve également le vendeur itinérant Niccolo de Trials of Mana, ainsi que P’tit Cactus de Legend of Mana avec une serre que l’on peut ériger. Le but étant de forger son équipement et avoir un résumé des événements. Le level-up permet cette fois-ci de choisir les statistiques à privilégier en sélectionnant un type d’évolution entre guerrier, moine, magicien, sage et voleur.

Outre le choix entre le héros et l’héroïne qui fait varier certains passages, le scénario est enrichi de nombreux dialogues et d’un background bien plus approfondi, provoquant ainsi une dualité forte entre le héros et le Chevalier Noir. Julius gagne en subtilité grâce à son apparition plus tardive, au miroir brisé qui dévoile en lui la réincarnation de Vandole et à sa tentative de soumettre le héros au pouvoir des ténèbres.  L’épée Mana est, quant à elle, présentée comme une simple épée rouillée sans aucun pouvoir particulier, l’accent étant mis sur la bravoure des épreuves relevées par le héros pour la trouver. Assez ambitieux, bancal sur quelques points mais très réussi dans son ensemble, Sword of Mana reste un remake assumé qui transforme considérablement son modèle tout en le repensant et en enrichissant son univers pour mériter sa place parmi les meilleurs jeux de la Game Boy Advance. Un épisode notable qui sera un des derniers Seiken Densetsu dignes de ce nom tellement la saga va rapidement tomber dans la médiocrité pendant plusieurs années.

 

La chute libre World of Mana

image world of mana seiken densetsu

La trilogie de la honte, ou quand on veut copier The Legend of Zelda jusqu’au bout…

Tandis que les trois piliers de Square Enix se dessinent en la présence de Final Fantasy, Dragon Quest et Kingdom Hearts, la société se restructure et tente une politique de création de produits de différentes natures, et de différents genres, autour d’un même univers. Alors que la Compilation FF VII s’en sort relativement bien, un projet protéiforme du nom de World of Mana projette de sortir quatre jeux et un manga, paru en France en 2018 par l’intermédiaire de Mana Books sous le nom de Princess of Mana. Hélas, la qualité des jeux ne suit pas et la saga s’enfonce de plus en plus profondément dans les abîmes.

La désillusion commence rapidement avec Children of Mana, sorti le 2 mars 2006 sur Nintendo DS sous la forme d’un simple Dungeon-RPG sans autre saveur que sa direction artistique et quelques musiques. Répétitif à souhait, il reste toujours plus agréable qu’Heroes of Mana, deuxième épisode DS sorti l’année suivante, qui ne prend même pas la peine de proposer une traduction française tellement son gameplay de Tactical-RPG a du mal à se convaincre lui-même de son intérêt. La plus grande catastrophe restant Seiken Densetsu 4, sorti le 21 décembre 2006 sur PlayStation 2 et renommé Dawn of Mana pour sa parution américaine. Un passage à la 3D remarqué par des graphismes passables, une jouabilité bancale et un système de jeu qui remet les compteurs à zéro quand le joueur arrive dans une nouvelle zone.

Pour se relever de ces mauvais pas, Square Enix a la très mauvaise idée de concentrer sa saga sur des projets mobiles, plateformes pas vraiment connues pour la qualité de jeux et le soin apporté à la jouabilité. C’est ainsi que naissent Friends of Mana, Circle of Mana et Rise of Mana, des jeux tellement mémorables que tout le monde les a oubliés. Une véritable déchéance pour une série aussi exceptionnelle à ses débuts. Bien heureusement, les développeurs connaissent une solution pour se sortir de ce genre d’impasse.

 

La magie des remakes

image remakes mana

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes !

Alors que les vingt-cinq ans de Seiken Densetsu approchent, la saga renaît enfin de ses cendres à travers une série de remakes bien décidées à lui rendre ses lettres de noblesse. Sorti le 4 février 2016 au Japon et le 28 juin de la même année (saluez le timing !) sur les PlayStation Vita occidentales, Adventures of Mana dépoussière Mystic Quest avec des graphismes entièrement modélisés dans un rendu proche des capacités d’une PlayStation Portable. Des cinématiques sont ajoutées et te tactile s’avère pratique pour l’affichage du plan et la navigation dans l’inventaire. L’intégralité des musiques est remixée pour un résultat d’une intensité saisissante, loin des grésillements du processeur sonore de la Game Boy Advance. Seulement disponible en dématérialisé, et uniquement traduit en anglais, Adventures of Mana reste très agréable à plus d’un titre et permet un joli dépoussiérage technique du jeu d’origine.

Le 15 février 2018, c’est au tour de Secret of Mana d’être remaké sur PlayStation 4, PS Vita et Steam. Une nouvelle d’autant plus étonnante que le choix est fait de conserver la vue du dessus avec une modélisation 3D qui conserve la direction artistique du jeu d’origine. Il n’en faut pas plus pour qu’une partie des fans s’enflamme, le jeu ne présentant pas une grande ambition et la 3D étant considéré comme un sacrilège pour un tel titre de légende. Pour autant, le jeu est loin d’être mauvais et s’avère relativement plaisant à redécouvrir. Bénéficiant de la même traduction que sur iOS, il obtient des scènes cinématiques ainsi que des saynètes durant lesquelles les héros parlent des derniers événements du jeu avant de dormir dans une auberge. Assez contrastée, la bande son comporte tout de même d’excellents remix, notamment « Spirit of the Night » dont les notes subliment la mélodie. S’il aurait mérité un remake plus ambitieux avec une 2D à la hauteur de l’artwork visible au lancement du jeu, il reste une bonne alternative au chef-d’œuvre de la Super Nintendo avec un design plus moderne qui pourrait plaire aux plus jeunes.

Tandis que Seiken Densetsu 3 est enfin porté en Occident sous le nom de Trials of Mana, Square Enix dévoile en même temps un remake à destination de la Switch, de la PlayStation 4 et de Steam. Sorti le 24 avril 2020, il se veut plus ambitieux que les précédents avec une refonte en full 3D qui modernise fortement la saga. Très agréable à jouer, il se montre cependant assez limité dans sa physique rigide tandis que, bien que la direction artistique soit réussie, ses graphismes s’avèrent loin d’être à la pointe et ses musiques sont tout juste correctes. Les combats permettent cependant de larges esquives et de puissantes attaques de classe ont été rajoutées. Toutefois, le gameplay très axé sur les combats donne le même sentiment de répétitivité que le jeu d’origine et son scénario ne décolle jamais réellement. S’ajoute à cela un post-game proposant de traverser un pot-pourri de zones déjà connues sur plusieurs heures : sympathique mais dispensable. Un bon jeu qui perpétue la renaissance de la saga avec un remake néanmoins agréable à parcourir.

 

Postérité de Seiken Densetsu

image futur seiken densetsu

Des visuels toujours aussi somptueux.

Après des années d’errance, la saga Seiken Densetsu revit enfin par l’intermédiaire de ses remakes. Une tendance qui semble se confirmer avec le récent remaster de Legend of Mana, pour la première fois officiellement traduit en français. Alors que Square Enix développe actuellement un nouvel épisode à destination des consoles de salon, deux autres annonces retentissent à l’occasion des trente ans. La première, dispensable, concerne un nouveau free-to-play mobile nommé Echoes of Mana. Déjà plus alléchante, la seconde dévoile la réalisation d’un animé Legend of Mana pour 2022, nommé The Teardrop Crystal. En attendant, il est toujours disponible de se délecter devant le magnifique ouvrage Art of Mana, paru le 6 septembre 2018 aux éditions Mana Books.

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